READING

Entreprendre#2 : Cheyma et Raphaël, les fondateurs...

Entreprendre#2 : Cheyma et Raphaël, les fondateurs d’Aujourd’hui Demain

Après vous avoir présenté les entrepreneuses à la tête de Hylla Penderie Partagée, je suis allée à la rencontre de Cheyma et Raphaël pour parler de leur parcours en tant que jeunes entrepreneurs. Ils sont tous deux porteurs du projet “Aujourd’hui Demain” : un concept-store éthique et végan qui ouvrira au printemps 2017 !

cheymaraphael2

(Crédit photo : Marine Chapon)


Est-ce que l’entreprenariat était une évidence pour vous ?

Cheyma : L’envie d’entreprendre, c’était une évidence. C’était même un besoin. J’ai toujours eu du mal à rentrer dans le cadre. Tout est parti de cette impression de  pas être à ma place ! J’ai réussi à la mettre en sourdine pendant mes études et mon début de carrière pour avoir un peu d’expérience mais je me suis vite aperçue qu’indépendamment de l’éthique des boîtes pour lesquelles je travaillais, je n’arrivais pas à me sentir complètement libre et à être celle que je suis vraiment. Je voulais faire ce que je veux faire, quand et comme j’ai envie de le faire : être décisionnaire sur toute la chaîne. Et quand #ONVAUTMIEUXQUECA a émergé, cette envie a resurgi en même tant que mon ras le bol du salariat. J’avais déjà ce rêve d’ouvrir un concept-store végan et ça correspondait à mon besoin de liberté, à mon éthique personnelle profonde et à tout ce que j’incarne au quotidien !

Raphaël : Je n’avais pas forcément envie d’entreprendre mais j’avais envie de faire quelque chose en rapport avec mes convictions et aller travailler pour quelque chose qui me plait, même en temps que salarié ! Cheyma et moi étions collègues et quand je suis devenu végan, nous avons très vite partagé cette vision de ce qui manquait à Paris : une boutique avec une offre séduisante et accessible qui puisse faire découvrir le véganisme à un plus grand public. Nous portions déjà des projets ensemble et on s’est vite rendu compte qu’on avait les compétences, le réseau et la connaissance du marché pour se lancer dans ce projet ! Et on n’a rien à perdre : on est jeunes et en début de carrière, ce serait dommage de ne pas en profiter !

Quelle est la génèse du projet ?

Cheyma: L’idée m’est venue il y a quatre ans lorsque que je suis devenue végane. Passionnée de nutrition, passer d’une alimentation omnivore à végane n’a pas été compliqué pour moi. Mais pour ce qui est de la mode, c’est une autre histoire : il n’y avait rien pour quelqu’un comme moi : de mon âge, qui aime s’habiller et qui aime se faire plaisir. Et quand en plus d’être végan, on fait aussi attention à l’aspect écologique et humain, ça devient impossible. J’ai commencé à imaginer une boutique qui me faciliterait la vie et très vite j’ai eu cette vision d’un lieu de vie où on pourrait manger, boire un café latte, venir lire, s’habiller et faire ses courses. L’idée s’est construite petit à petit et s’est concrétisée quand avec Raphaël nous avons échangé sur nos envies respectives en terme de lieu de vie ! Au fur à mesure, nous avons discuté avec des végans qui nous ont confirmé qu’ils étaient en attente d’un lieu comme celui-là et nous avons aussi incorporé certaines de leurs attentes !

Raphaël : Lorsqu’on ouvrira le concept-store Aujourd’hui Demain vous pourrez trouver tous les produits de la vie quotidienne en version végane : alimentation, mode, cosmétiques, produits ménagers, livres, produits pour animaux … On proposera aussi un snacking avec des plats fait-maison et on animera le concept-store avec un espace dédié aux ateliers, projections, rencontres…

repas_ad

Votre projet est aussi à destination des non-vegans, comment comptez vous les attirer ?

Cheyma : Il faut d’abord convaincre les gens au premier regard avec des beaux produits : par exemple en mettant des chaussures canons en vitrine ! C’est dans un deuxième temps, dans le discours, qu’on parlera du fait qu’elles sont véganes et éthiques et qu’on espère renverser leurs idées reçues. Dans notre étude de marché on a posé la question : si vous aviez accès à l’équivalent végane de vos produits du quotidien, à prix, praticité et plaisir égal, feriez-vous le choix sans cruauté ? Toutes et tous répondent oui sans exception. C’est toute la mission d’Aujourd’hui Demain de prouver que c’est possible pour tous les aspects de la vie.

Raphaël : On veut que nos futurs clients achètent un produit parce qu’il est vegan mais avant tout parce qu’il leur plaît ! C’est pour cette raison qu’il n’y a pas le mot “vegan” dans le nom de la  boutique : on veut que tout le monde se sente invité à pousser la porte de la boutique. Trop nombreux sont celles et ceux qui se diraient : “Végan ? Non , je ne suis pas concerné(e)” et détourneraient leur attention. On a pas juste envie de parler aux convaincus, mais vraiment d’inviter tout le monde à remettre en cause la légitimité et la nécessité des produits d’origine animale dans notre société.

Cheyma : Il va falloir doser notre discours et notre approche entre être identifié vegans pour nos clients vegans, et pas trop pour les curieux ! Il va falloir qu’on trouve le juste milieu, le juste ton. À la manière de la Brasserie Lola, où beaucoup d’omnivores vont manger la première fois sans savoir que c’est vegan et en ressortent bien obligés d’admettre que oui, on peut manger tout ce qu’on aime en version vegan et se régaler. C’est une façon de planter une petite graine, qui ensuite pourra grandir.

Avez vous eu des craintes, des doutes ou des difficultés ?

Cheyma : Quand nous avons lancé le projet, en janvier dernier, nous avons décidé de commencer par ouvrir un e-commerce : nous étions jeunes, sans trop d’économies, ni d’entrepreneurs dans notre entourage pour nous guider. Ça nous rassurait de commencer « petit » même si ce n’était pas aussi palpitant et que ça ne correspondait pas à notre rêve. Nous avons fait deux concours d’entrepreneurs avec cette idée d’e-commerce et en tête de miser sur l’accessibilité, le côté séduisant et le fait de faciliter la transition au véganisme. Nous nous sommes retrouvés face à des banquiers et investisseurs de la vieille école qui dès qu’on prononçait le mot “vegan” levaient les yeux au ciel. Nous avons pris en compte certaines remarques, essayé d’être agiles. Nous n’avons jamais été tentés d’abandonner mais nous nous remettions beaucoup en question.

Raphaël : On s’évertuait à les convaincre en accumulant plein de chiffres, nous avons fait une énorme étude de marché ! Nous avons tout fait pour leur prouver qu’il existait un marché vegan et des clients potentiels puisque c’est la seule chose qui avait de la valeur à leurs yeux. Nous avons perdu énormément d’énergie face à leurs objections constantes qui nous empêchaient d’avancer au delà du stade de l’idée. Et puis par l’intermédiaire de la famille, on a rencontré Idir : un entrepreneur chevronné du milieu de la restauration, il n’est pas végan mais il a vu par lui-même l’évolution du marché. Quand nous lui avons parlé de notre projet, il nous a tout de suite dit “mais oui complètement, c’est l’avenir”. En vingt minutes de discussion, il a tout chamboulé et on a décidé d’aller au bout de notre idée et d’ouvrir une boutique physique !

Cheyma : Il a insufflé en nous une nouvelle énergie. Jusque là, nous n’avions rencontré que des obstacles et nous nous étions recroquevillés sur nous-mêmes. Idir, lui, a tout de suite été sur la même longueur d’ondes que nous et nous a montré que c’était possible d’aller au bout de notre vision. On ne pouvait plus revenir en arrière, c’était viscéral.

Vous avez décidé de ne travailler qu’avec des marques véganes, vous pouvez m’expliquer ce choix ?

Raphaël : Dès le début, nous savions que nous voulions proposer une offre 100% végane et sans huile de palme. En poussant la réflexion, nous avons pris le parti de ne soutenir que l’entreprenariat (des marques) 100% végan pour ne pas financer indirectement l’exploitation des animaux. C’est finalement du bon sens. On n’était pas certains cependant qu’il existerait suffisamment de marques correspondant à ces critères, pour couvrir l’ensemble de produits que l’on voulait vendre. Mais après des jours et des jours de recherche, on a vu que c’était possible pour 98 et bientôt 100% des cas on l’espère.

Cheyma :  C’est un vrai pari de ne travailler qu’avec des marques 100% véganes. On doit d’ailleurs dire non à des marques éthiques qui sont en accord avec beaucoup de nos autres valeurs… Nous voulons prouver que l’entreprenariat 100% végan c’est possible et que ça peut fonctionner et fédérer, c’est une manière d’aller au bout des choses et d’ouvrir la voie. En revanche, nous ne travaillerons pas qu’avec des marques labellisées car, même si nous savons qu’il est rassurant pour les consommateurs, le label en soi n’est pas si important. Il faut savoir que certaines petites marques qui n’ont pas beaucoup de moyens ne vont pas faire cette démarche, qui est onéreuse, sans être sûre de la rentabiliser.

Raphaël : L’important c’est la transparence de la marque. Nous ferons bien entendu une enquête et nous nous porterons garants de chacune des marques proposées. Si nous avons un coup de coeur pour une marque, pour sa démarche, nous essaierons de l’encourager à se labelliser pour se faire connaître auprès des véganes. Car c’est vrai que plus il y a de marques labellisées, plus l’offre végane aura du poids et de la visibilité. En tous cas chez Aujourd’hui Demain, vous serez sûrs que tout ce que vous trouverez sera végan.

Cheyma : On veut vraiment faciliter la vie de nos clients, leur apporter une paix d’esprit en leur garantissant que chez nous ils pourront acheter sans se poser de questions, ce qui est rare quand tu es végan !  Quand les gens pousseront la porte d’Aujourd’hui Demain, ils pourront respirer et se faire plaisir en prenant tout ce qui leur plait sans se poser de questions et avoir confiance les yeux fermés. Mon rêve en tant que végane, c’était de rentrer dans une boutique et de plus avoir à scruter toutes les étiquettes : un havre de paix !

personal-shopping_ad
À quoi va servir l’argent du crowdfunding ?

Cheyma : Le plan de financement est bouclé mais le crowdfunding agit comme un levier pour débloquer les autres financements qui sont actuellement en attente pour une ouverture au printemps 2017. C’est pour ça que récolter ces 20 000€ est indispensable pour la réussite du projet.

Raphaël : Nous mettons de notre poche autant que ce que l’on demande, nous avons beaucoup économisé. Nous sommes jeunes et nous avons pu quitter nos appartements et retourner vivre chez nos parents, c’est une chance !

Est-ce que vous avez des conseils à donner aux jeunes entrepreneurs ?

Cheyma : Soyez impertinents, vous pouvez y arriver : il faut juste trouver comment ! Aujourd’hui, il y a des opportunités de créer qui n’existaient pas avant : les couveuses, les concours, le crowdfunding. On est une génération qui a envie de bien faire et c’est génial : il faut se lancer.

Raphaël : N’ayez pas peur d’aller parler à d’autres entrepreneurs, c’est comme ça qu’on avance le plus ! Vous pouvez rester pendant une semaine à vous creuser la tête sur un truc tout bête qui semble insurmontable, et débloquer la situation en parlant à quelqu’un d’autre en cinq minutes : tu peux avoir des réponses simples et concrètes de la part de gens qui ont rencontré les mêmes problèmes que toi.

Cheyma et Raphaël  : On en profite d’ailleurs pour remercier celles et ceux qui nous ont aidé, conseillé, encouragés.  Jean-Benoit, Sylvain et Nicolas, les trois fondateurs du festival Smmmile qui nous soutiennent à 100%. Charlène Romaro du blog Atelier Alt et spécialiste des cuirs végans qui nous a aidé à affiner notre sélection de marques de mode et à y voir plus clair sur les matériaux à privilégier pour rester en accord avec nos exigences environnementales. Jeremy de Panier Pâtisson qui nous a fait gagner des mois de travail, Marion de GreenWeez qui a cru au projet très tôt et qui continue à nous encourager. Jihem Doe, Gurren Vegan et Chloe Tesla qui ont tellement gentiment accepté de répondre à nos interviews filmées… Les blogueurs et blogueuses qui ont communiqué sur notre projet, l’équipe rédactionnelle de Vegactu. Anne-Cécile qui nous a conviés à venir présenter le projet à son Petit Marché de Noël vegan à Paris. Les mille personnes qui ont répondu à notre étude de marché et qui nous ont permis d’aller présenter notre projet à des banquiers et de prouver qu’il y avait un réel intérêt à des personnes sceptiques. Merci aux personnes qui envoient des messages, qui nous arrêtent dans la rue pour nous parler et qui nous donnent du baume au coeur. Particulièrement Furiosa, croisée à la Vegan Place et à qui on pense à chaque coup de mou pour nous remotiver. Et puis évidemment à tous les contributeurs KissKissBankBank qui nous ont fait confiance et rendent tout ça possible. Il sont déjà plus de 330, ce qui est si incroyable quand on y pense !

Vous avez un restaurant végan à conseiller ?

Cheyma : Nous avons eu l’occasion de manger chez Season Square, qui vient tout juste d’ouvrir ! Leur cuisine est vraiment très savoureuse, fine et différente de ce qu’on peut trouver actuellement à Paris et ce sont des copains dont on est fiers ! Une adresse qui deviendra un classique c’est sur.

Raphaël : Pareil et je rajouterai la Brasserie 2ème Art ! Tous les omnivores qui vont manger  là bas sont convaincus en sortant que tu peux manger vegan et te faire plaisir. On ne se remet pas de leurs pizzas.

Les deux : Et leur pain perdu est délicieux !

Vous avez eu un coup de coeur mode ces derniers temps ?

Cheyma : Je suis une grande fan de Good Guys ! J’ai leur paire de moccassins avec le petit castor dessus. C’est la première marque de mode végane canon et originale que j’ai découverte.

Raphaël : Il y a une marque que j’adore, ce sont aussi des chaussures : Insecta Shoes. Dans la démarche, c’est parfait : chaque modèle est quasi-unique car ils fonctionnent avec du tissu récupéré. C’est vraiment une marque que j’aimerai beaucoup avoir chez Aujourd’hui Demain même si le fait que ce soit au Brésil pourrait nous faire réfléchir, car nous voulons dans un premier temps privilégier les marques plus proches géographiquement.

Quels sont vos trois indispensables végans au quotidien ?

Cheyma : La levure nutritionnelle ! J’en mets partout même dans mon yaourt nature, et c’est utile dans tant de recettes. J’adore aussi le baume à lèvres de chez Hurraw. Et le tofu, j’en mange quasiment tous les jours, je suis un peu monomaniaque en terme de cuisine !

Raphaël : Les yaourts au soja, j’adore ça et je m’en sers aussi comme d’une crème liquide dans tout un tas de plats. J’adore aussi le fromage de chez Vegusto ! Et dans la salle de bain, j’ai toujours des savons de la marque Coutiver dont la compo est hyper clean… et sans huile de palme !

 


Si vous souhaitez soutenir leur projet, vous pouvez participer à son financement participatif sur KissKissBankBank ! Je vous laisse avec une petite vidéo de présentation du projet.


Your email address will not be published. Required fields are marked *

INSTAGRAM